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03/07/2006

Fête des Langues à Decazeville

Ce dernier week-end marque chaque année le début de l’été et il résonne déjà comme petit air de vacances. C’est aussi à Decazeville le week-end de la convivialité, de l’amitié, de la solidarité avec deux fêtes : le vendredi, le « Cabanou » du Sailhenc et le samedi, la « Fête de Langues ».


Le « Cabanou » ou feu de la Saint-Jean se déroule près de l’école du Sailhenc, au milieu des HLM du Sailhenc, du Baldy et de Trépalou. C’est l’occasion de rencontres autour d’un aligot ou d’un couscous accompagné de musiques, (chansons, rock, traditionnel…) et de danses (sévillanes, country…).
Le lendemain c’était le jour de la « Fête des langues ».

medium_MESCLADIS_-G._FALTREPT.pngOrganisée par l’association « Mescladis » dès 2002, c’est un moment privilégié de montrer, dans cette période de rejet de « l’autre » voulu par certains, que « l’autre » avec sa langue et sa culture peut être une richesse pour tous.
C’était un peu le thème du débat organisé dans l’après-midi à l’ombre des platanes de la place Decazes.
Mohamed Benrabah, professeur de linguistique anglaise à l’université de Grenoble III nous a parlé des diverses politiques linguistiques dans le monde. Deux modèles. Une politique linguistique explicite comme actuellement en France dont le but est d’exclure toutes les autres langues parlées autre que le français, celles parlées depuis de nombreux siècles en France, comme celles plus récentes.
La circulaire envoyée par le ministre de l'Intérieur aux préfets pour régulariser les enfants sans papiers scolarisés en France participe à cette politique. Dans cette circulaire, Nicolas Sarkozy privilégie, notamment, «l'enfant qui ne parle pas la langue de son pays d'origine».
« Il est vrai qu'en France être loyal envers le français, c'est comme entrer en religion : les dieux de la langue française sont si jaloux qu'ils ne peuvent tolérer d'autres divinités ».
Mohamed Benrabah nous a expliqué qu’après 1962, les élites algériennes, formées dans le moule jacobin français, avaient imposé une politique d'arabisation ayant les mêmes visées que la politique coloniale subie : la mort des langues parlées par le peuple (arabe algérien, berbère et français). Mais le peuple n’a pas suivi. Il continue à parler ces langues au lieu de l’arabe coranique, langue officielle et de l’anglais que l’on voudrait leur imposer maintenant.
Les politiques anglo-saxonnes privilégient plutôt le « laissez-faire » et considèrent à juste raison, que « l’addition » de langues parlées et de tout ce les entourent (la culture…) est une richesse.
Claude Sicre nous a fait entrer dans un débat philosophique. Pour lui, c’est « l’œuvre » qui fait la langue. Les Troubadours, Joan Boudou… font plus pour le rayonnement de la langue occitane et son développement que pourrait le faire un quelconque « statut » qui légaliserait cette langue.
Qui est le premier de la poule ou de l’œuf, de « l’œuvre » ou du « statut » ?
Pour le ruthénois fidèle au Bassin René Duran, « l’œuvre » est bien sur importante, mais la reconnaissance officielle d’une langue avec un « statut » permet de rendre la pratique d’une langue plus courante et ainsi de faire connaître au plus grand nombre « l’œuvre ».
Le débat a pris fin au bout de deux heures avec l’arrivée des enfants des CM2 des écoles du Bassin dans une « batacuda » géante.
Ensuite, place à la musique. Le flamenco de Cécilia, puis la voix et la contrebasse de Duos Tras, tribal limousin avec notamment, une reprise surprenante de la « chanson de Craonne ». Ecouter Cheikh Sidi Bémol en regardant France-Brésil avait quelque chose de jubilatoire mais qui, je le reconnais, devait être frustrant pour les musiciens.
Puis c’était au tour des marseillais de Òaistar de mettre le feu à la place Decazes. Mission réussie. Quel plaisir de voir tous ces jeunes s’éclater devant la scène, mais également d’écouter les paroles pleines d’humour et d’amour que délivrait le duo de chanteurs.
Après un week-end comme celui-ci, on reprend un peu espoir en l’humanité. On se dit que si on le veut bien, vivre ensemble est souhaitable et surtout possible ; qu’il suffit simplement d’avoir la volonté, la musique et la fête font le reste. Vivement l’an prochain !

En attendant, et un peu dans le même genre, je conseillerais d’aller cet été du 11 au 13 août, au festival « Les nuits et les jours de Querbes ». Ce festival, dont je suis fidèle depuis le début (9ème édition), s’étoffe d’année en année. Le petit hameau de Querbes, entre Asprières et Capdenac-Gare sera le cadre de rencontres insolites entre musiques, lectures, performances… La aussi la convivialité est un maître mot. Cette année, autour des lectures publiques de Jean-Luc Debattice et François Cancelli, piliers de ce festival, on pourra rencontrer Patrick Chamoiseau, François Bégaudeau et Olivier Maulin avec les musiques de Jean-Marie Machado, de Bruno Tocanne et Lionel Martin, du quartet Pulcinella, du quintet Monkomarok et de Didier labbé et Cie. Des spectacles seront décentralisés à Capdenac et à Figeac. (www.les-nuits-et-les-jours-de-querbes.com ou Katrin au 05 65 64 69 56)

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