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07/11/2010

Transports ferroviaires pour les Aveyronnais : LGV ou POLT

Liaisons ferroviaires Aveyron - Paris : l’existant

La ligne POLT (Paris – Orléans – Limoges – Toulouse), que les Aveyronnais de l’ouest et du centre du département récupèrent à Brive, est le trajet historique et le plus direct pour se rendre à la capitale. Il est pour le moins curieux de vouloir passer par Montauban et Bordeaux pour aller à Paris de l’Aveyron. 

capitole.jpg

Mais on s’est appliqué à dévaloriser cette ligne. Dans les années 1975-1980, le Capitole réalisait un Paris-Cahors en 4 h 52 mn. Le temps aujourd’hui est de 5 h 17, soit 25 minutes de plus. Sans oublier les retards fréquents qui contrarient les correspondances à Brive.

 Malgré cette volonté de la dévaloriser, la ligne POLT est une des quatre lignes rentables parmi les « trains d’aménagement du territoire » selon un récent rapport de la SNCF (lignes interrégionales Corail, Téoz, Intercités et Lunéa). 

Quel temps avec la future ligne TGV, Toulouse – Bordeaux – Tours - Paris pour les Aveyronnais ?

 Avec la future ligne LGV, il faudra compter 1 h 30 minimum pour aller (en voiture !) de Capdenac ou de Rodez à la gare de Montauban auquel on rajoute 2 h 45 minimum de Montauban-Paris soit un temps total de 4 h 15.

 Des essais effectués en 1997 avec des rames pendulaires italiennes ETR 460 mettaient Brive à moins de 3 h 15 de Paris (Cahors-Paris en 4 heures environ). Ces essais n’ont malheureusement pas eu de suite du fait de l’opposition de la SNCF et d’Alstom à l’utilisation des trains pendulaires. Ironie de l’histoire, Alstom Transport est devenu depuis propriétaire de Fiat Ferroviaria de Savigliano, et défend maintenant le système de pendulaison developpé par son unité italienne.

 Il faut actuellement compter entre 1 h 30 et 1 h 40 selon le nombre d’arrêts entre Brive et Capdenac soit 4 h 50 maximum pour un Paris-Capdenac en pendulaire (au lieu de près de 6 h actuellement).

 

Gain de temps pour un Capdenac-Paris en LGV : 35 minutes, mais cette différence va diminuer fortement si l’on prend en compte les gains de temps possibles suite aux travaux actuels sur les voies entre Brive et Capdenac (entre 15 et 40 mn) [1].

De plus, des études ont montré qu’avec des aménagements sur les infrastructures et en faisant rouler des trains pendulaires, on réaliserait un Paris-Brive en 2 h 50 maxi sur la ligne POLT actuelle. Avec cette éventualité, le trajet Aveyron – Paris serait plus rapide avec la ligne POLT qu’avec le TGV

Il est à noter que la création éventuelle de la ligne à grande vitesse Paris-Orléans-Clermont-Fd-Lyon, permettrait sur Paris-Vierzon un gain de temps appréciable pour la ligne POLT avec pendulaire, puisque les trains pendulaires sont adaptés pour rouler sur les voies TGV.

Signalons aussi que les liaisons directes ferroviaires Capdenac-Montauban ou Rodez-Montauban n’existent pas. Il faut prendre un bus de Capdenac jusqu’à Cahors, puisque la ligne Capdenac-Cahors est fermée, puis prendre le train à Cahors pour rejoindre Montauban, le tout en 2 h 53 mn de Capdenac !

lgv ou polt.jpeg

Nouvelles lignes ou meilleure exploitation des lignes existantes :

Les lignes existantes sont sous exploitées en France. Il passe par exemple trois fois plus de trains sur les rails suisses que sur les rails français. C’est le cas pour la ligne POLT

Les contraintes environnementales :

 Si l’on regarde le côté environnemental, la construction de nouvelles lignes LGV contribue fortement à l’artificialisation déjà galopante des sols en France et à la compartimentation d’espaces naturels.

 Concernant le volet énergétique, les rames TGV sont très consommatrices d’énergie. Un train lancé à 330 km/h consomme 60 % de plus qu’un train à 260 km/h. N’oublions pas que pour l’instant, la SNCF ayant revendu tous ses barrages, l’électricité alimentant les trains est fournie par la SNET à partir de centrales au charbon.

Le TGV, alternative à l’avion de l'Aveyron ?

On peut rajouter que si les TGV peuvent dans certains cas être des alternatives à l’avion en terme de temps de trajet, ce ne sera pas le cas pour l’Aveyron.

Quelles conséquences financières pour les usagers du TGV ?

 Nous venons de voir que le gain de temps des usagers aveyronnais se rendant à Paris sera pratiquement inexistant par la LGV, mais quel sera le coût d’un billet TGV pour les Aveyronnais si celui-ci doit passer par Montauban, Bordeaux et Tours ? Beaucoup plus élevé qu’un billet en POLT !

Actuellement, lors de la réservation d’un billet par internet, la SNCF propose systématiquement de passer par Toulouse pour aller de Rodez à Paris. Le prix est de 112 euros (plein tarif loisir) et le temps du trajet est de 8 h 30. En passant par Capdenac et en récupérant la ligne POLT à Brive, le prix n’est que de 77,50 euros, soit 45 % de moins, et le temps en moyenne n’est que de 7 h. Il est inadmissible que la SNCF oriente les usagers vers des itinéraires les plus longs et les plus chers. Tout cela on l’aura compris, pour déjà faire entrer dans les têtes que la ligne POLT n’existe plus et que l’avenir est à la LGV !

 Cela en dit long sur les tarifs qui seront appliqués aux Aveyronnais si l’on privilégie le TGV au lieu de la ligne POLT.

Le jeu en vaut-il la chandelle ?

Le département de l’Aveyron et la Région Midi-Pyrénées doivent-ils soutenir et participer au financement de la ligne LGV Toulouse – Bordeaux – Tours – Paris telle qu'elle est actuellement présentée ?

La SNCF constate ces derniers temps que la rentabilité des TGV est aléatoire. Certaines lignes accusent des forts déficits pendant que d’autres sont même supprimées.

Les budgets de l’Etat et des collectivités territoriales ne sont pas extensibles. Est-il souhaitable et raisonnable que les régions, les départements, les EPCI, déjà confrontées à des problèmes financiers permanents du fait notamment du transfert de compétences et du désengagement financier de l’Etat, participent à des projets dont ils n’ont pas directement la compétence, si en plus  l’intérêt économique, social et écologique n’est pas clairement démontré ?

Un financement pour cette infrastructure se réaliserait obligatoirement au détriment d’autres échanges plus utiles pour les Aveyronnais comme les transports urbains et interurbains, les déplacements en TER, et sûrement de la ligne POLT.

Ne convient-il pas mieux de renforcer et de moderniser la ligne POLT qui irrigue de plus les régions du centre de la France (Centre et Limousin, qui deviendraient un désert ferroviaire), en améliorant les infrastructures, les dessertes, les gares, les cadencements, et en y faisant rouler du matériel plus rapide et adapté comme des trains pendulaires de nouvelle génération ? 

 

Cette technique apparaît aujourd’hui comme le meilleur moyen d’effectuer un saut qualitatif dans l’offre ferroviaire de notre territoire sans recourir à une construction d’infrastructure supplémentaire onéreuse.

La mise en concession des lignes LGV dans le cadre d’un partenariat public privé pose également plusieurs problèmes. Le premier concerne l’endettement futur des collectivités du fait des sommes énormes qu’elles auront à rembourser aux entreprises retenues. Le pont d’or accordé aux entreprises concessionnaires nous semble indécent. Mais la  sécurité sur ces lignes et l’obligation de service public ne nous semble pas garantis par le mode de la concession.


En conclusion :

 « Nous pensons que toutes nos propositions doivent être ancrées dans la réalité budgétaire… être écologiste c’est être économe, solidaire, investir dans les femmes et les hommes et dans l’économie de demain » déclarait Eva Joly le 2 novembre dernier à Matthieu Ecoiffier de Libération.

Doit-on d’abord répondre aux attentes d’une population minoritaire, qui se déplace de capitale en capitale (50 % des voyages en TGV concernent les 10 % les plus riches) ou aux véritables besoins des Aveyronnais, de ceux qui chaque jour, seraient usagers de transports en communs, s’ils avaient à leur disposition des transports collectifs fiables, nombreux et réguliers, desservant efficacement les communes rurales autour de nos principales unités urbaines et vers les métropoles régionales ?

N’améliorera-t-on pas plutôt le quotidien des Aveyronnais avec la poursuite intensive de la rénovation des lignes existantes (POLT, Beziers-Neussargues, Capdenac-Cahors…), la création d’un réseau départemental de bus interurbains rapides et nombreux, de TAD (Transport A la Demande) efficaces dans les zones rurales, de transports collectifs dans les principales villes et d’aménagements cyclables et piétonniers sécurisés pour les courts trajets quotidiens (les plus nombreux) ?

N’améliorera-t-on pas plutôt le quotidien des Aveyronnais en favorisant une tarification plus lisible et plus équitable, en généralisant le titre de transport unique qui permet de passer d’un mode de transport à l’autre sans acheter plusieurs billets ou abonnements différents ?

N’améliorera-t-on pas plutôt le quotidien des Aveyronnais en donnant la priorité au rail pour le transport des marchandises avec la rénovation complète des lignes POLT, Beziers-Neussargues et Capdenac-Cahors et en conservant l’activité liée au trafic diffus (wagon isolé) qui concerne de nombreux sites en Aveyron ?

Le département de l’Aveyron avec les autres collectivités concernées doivent tout faire pour que la modernisation des lignes POLT et Beziers-Neussargues soient inscrites dans le prochain SNIT (Schéma National des Infrastructures de Transport).


Pour comprendre les enjeux de la ligne POLT :

 Des rapports consultables sur internet :

-       LIAISONS S.N.C.F. - GRANDES LIGNES ET ACTIVITES FRET DU LOT : étude adressée à l’Association « Tous Ensemble Pour Les Gares » - Jean-Noël BOISSELEAU – Août 2010

- Promotion et développement de la ligne et des dessertes ferroviaires de l’axe ParisOrléansLimogesToulouse Urgence ligne POLT – Mémorandum-Juin 2010

- UNE NOUVELLE AMBITION POUR LA LIAISON FERROVIAIRE PARIS-LIMOGES-TOULOUSECESR du Centre, du Limousin et de Midi-Pyrénées – Juin 2010 

 

Des sites internet à consulter :

 - Urgence Ligne POLT     

CLES Limousin

Bataille du rail, défense des gares 

NON aux LGV, OUI à l’aménagement des lignes existantes 


[1] Rapport de Jean-Noël Boisseleau – Août 2010 – Liaisons SNCF, grandes lignes et activités fret du Lot